Injections intra-articulaires de stéroïdes : effets systémiques et limites réelles

Injections intra-articulaires de stéroïdes : effets systémiques et limites réelles
Phoenix Uroboro janv., 15 2026

Les injections intra-articulaires de stéroïdes sont devenues un geste courant pour soulager la douleur liée à l’arthrose. Des millions de personnes dans le monde les reçoivent chaque année. Pourtant, ce qui était considéré comme une solution locale, sûre et sans danger, commence à révéler des risques bien plus larges que ce qu’on croyait. Ce n’est pas juste une question de douleur passagère. C’est une question de cartilage, d’os, et même de votre hormone du stress.

Comment ça marche, vraiment ?

L’idée est simple : on injecte un stéroïde - comme le triamcinolone ou le méthylprednisolone - directement dans l’articulation douloureuse. L’espoir ? Réduire l’inflammation, calmer la douleur, et éviter d’envoyer des médicaments dans tout le corps. En théorie, ça devrait rester local. En pratique, ce n’est pas aussi propre qu’on le pense.

Des études récentes montrent que jusqu’à 30 % du stéroïde injecté peut se retrouver dans la circulation sanguine. Le triamcinolone acétone, l’un des plus utilisés, est particulièrement bon pour s’échapper de l’articulation. Ce n’est pas une fuite minime. C’est une diffusion réelle. Et quand ce stéroïde entre dans le sang, il agit comme s’il avait été pris par voie orale : il perturbe votre métabolisme, votre système immunitaire, et même votre os.

Les effets systémiques que personne ne vous dit

On parle souvent des effets locaux : une petite douleur après l’injection, une rougeur, une chaleur. Mais les effets qui traversent le corps sont bien plus sérieux, et ils durent plus longtemps.

  • Hyperglycémie : chez les diabétiques, une seule injection peut faire monter la glycémie pendant plusieurs jours. Certains patients doivent ajuster leur insuline après l’injection.
  • Pression artérielle élevée : les stéroïdes retiennent le sodium. Cela augmente la pression sanguine, même chez les personnes sans antécédents.
  • Atrophie osseuse : les stéroïdes ralentissent la formation de l’os et accélèrent sa dégradation. C’est particulièrement dangereux chez les femmes post-ménopausées.
  • Suppression de la cortisole naturelle : votre corps arrête de produire sa propre cortisone pendant des semaines après une injection. Vous pouvez vous sentir fatigué, faible, ou même avoir des crises d’insuffisance surrénale si vous arrêtez brusquement les traitements.
  • Prise de poids et visage arrondi : des symptômes de syndrome de Cushing peuvent apparaître après plusieurs injections, même si vous ne prenez pas de comprimés.

Le Cleveland Clinic et la Mayo Clinic le disent clairement : plus vous en recevez, plus les risques augmentent. Et ce n’est pas seulement une question de dose. C’est aussi une question de fréquence.

Les lésions articulaires que les radios ne montrent pas tout de suite

On vous dit que les stéroïdes ne font pas de mal à l’articulation. Mais des études de suivi sur plusieurs années montrent le contraire.

Une étude publiée dans Radiology en 2023 a suivi 1 000 patients ayant reçu des injections au genou ou à la hanche. Résultat : 1 % ont développé une destruction articulaire rapide. Ce n’est pas un chiffre négligeable. C’est un risque réel. Et ce n’est pas un effet rare. C’est une conséquence biologique.

Les lésions observées incluent :

  • Une réduction de l’espace articulaire de 2 mm en un an - un signe clair que le cartilage se dégrade plus vite.
  • Des fractures de la couche osseuse sous le cartilage, appelées fractures d’insuffisance sous-chondrale.
  • Des zones de mort osseuse (ostéonécrose), surtout chez les patients avec un flux sanguin réduit.

Les patients qui ont reçu plusieurs injections ont 4,67 fois plus de risques de voir leur arthrose progresser sur les radios que ceux qui n’en ont pas reçu. C’est une multiplication par cinq. Et pourtant, on continue à les prescrire comme une solution simple.

Une articulation saine à gauche, dégradée à droite, une jeune fille entre les deux, tenant une IRM qui alterne entre vie et décomposition.

La controverse : pourquoi les avis sont si divisés ?

Certains médecins disent que les études sont contradictoires. Et c’est vrai. Une étude de 2017 montre une perte de cartilage après plusieurs injections. Une autre, menée par le Dr Raynauld, ne voit aucun changement sur les radiographies. Pourquoi cette divergence ?

Parce que les méthodes sont différentes. Certaines études utilisent des radiographies. D’autres, des IRM. Les radiographies ne voient que l’espace entre les os. Les IRM montrent le cartilage lui-même, les lésions sous-jacentes, les œdèmes. Et ce sont ces détails que les stéroïdes détruisent en silence.

De plus, les études qui disent qu’il n’y a pas de risque sont souvent courtes. Elles suivent les patients pendant 6 mois. Mais la destruction du cartilage, elle, prend des années. C’est comme dire qu’une cigarette ne fait pas de mal parce qu’au bout d’un mois, les poumons sont encore propres.

Qui doit éviter ces injections ?

Ce n’est pas pour tout le monde. Certains patients sont à risque, même s’ils ne le savent pas.

  • Les personnes atteintes de diabète : le risque d’hyperglycémie est élevé.
  • Les femmes post-ménopausées : leur os est déjà plus fragile.
  • Les patients avec une arthrose légère : si l’imagerie montre peu de dégâts, mais que la douleur est intense, il faut se demander si ce n’est pas autre chose - une inflammation nerveuse, une tendinite, une maladie auto-immune.
  • Ceux qui prévoient une chirurgie dans les 6 prochains mois : les stéroïdes augmentent le risque d’infection et ralentissent la cicatrisation.

La règle d’or ? Ne pas les prescrire comme un traitement de fond. Elles sont un outil de secours, pas un remède.

Des femmes dans un parc, leurs ombres affichent des signes de syndrome de Cushing, tenant des flacons de stéroïdes sous une lumière automnale.

Les limites actuelles : combien d’injections par an ?

La plupart des sociétés médicales recommandent de ne pas dépasser 3 à 4 injections par articulation par an. Mais ce chiffre est arbitraire. Il ne tient pas compte de la dose, du type de stéroïde, ou de l’historique du patient.

Un patient qui reçoit 40 mg de triamcinolone trois fois par an, avec des comprimés d’anti-inflammatoires en plus, a une exposition cumulée bien plus élevée qu’un autre qui reçoit 10 mg une fois par an. Pourtant, on ne calcule jamais cette dose totale.

Les spécialistes commencent à demander un registre national des injections. Pourquoi ? Parce qu’on ne sait pas combien de patients en reçoivent 8, 10, ou 12 par an. Et ces patients-là, ce sont eux qui risquent le plus de voir leur articulation se détruire.

Et maintenant ? Que faire ?

Les injections stéroïdes ne sont pas interdites. Elles n’ont pas disparu. Mais leur rôle change.

Elles ne doivent plus être la première réponse à toute douleur articulaire. Elles doivent être une option après avoir essayé :

  • La perte de poids (même 5 % réduit la douleur de 50 % au genou)
  • La physiothérapie (renforcement musculaire = meilleure stabilité articulaire)
  • Les dispositifs d’aide (canne, semelles)
  • Les traitements non stéroïdiens (acétaminophène, topiques)

Et si vous avez déjà reçu plusieurs injections ? Parlez-en à votre médecin. Demandez une IRM. Vérifiez votre taux de vitamine D et votre densité osseuse. Évaluez votre glycémie. Ce n’est pas une simple injection. C’est une intervention qui laisse une trace.

La médecine moderne a longtemps sous-estimé les effets à long terme des traitements locaux. Les stéroïdes intra-articulaires en sont un exemple parfait. On pensait que ce qui restait dans l’articulation ne touchait pas le reste du corps. On se trompait. Ce n’est pas de la malveillance. C’est de l’ignorance. Et maintenant, on sait. Il est temps de changer de pratique.

Les injections de stéroïdes peuvent-elles provoquer une arthrose plus rapide ?

Oui, plusieurs études récentes, notamment une publiée dans Radiology en 2023, montrent que les injections répétées de stéroïdes peuvent accélérer la perte de cartilage et la dégradation osseuse. Les patients ayant reçu plusieurs injections ont jusqu’à 4,67 fois plus de risques de voir leur arthrose progresser sur les images médicales par rapport à ceux qui n’en ont pas reçu.

Est-ce que les stéroïdes injectés dans l’articulation affectent tout le corps ?

Oui. Même si l’injection est locale, une partie du stéroïde pénètre dans la circulation sanguine. Le triamcinolone acétone, par exemple, est connu pour une forte absorption systémique. Cela peut entraîner une élévation du taux de sucre dans le sang, une augmentation de la pression artérielle, une suppression de la production naturelle de cortisole, ou même une perte de densité osseuse à long terme.

Combien d’injections de stéroïdes sont-elles sûres par an ?

Les recommandations générales limitent les injections à 3 ou 4 par articulation et par an. Mais ce chiffre est une estimation. Il ne prend pas en compte la dose, le type de stéroïde, ou l’histoire médicale du patient. Pour les personnes à risque - diabétiques, post-ménopausées, ou celles préparant une chirurgie - même une seule injection peut être trop.

Quels sont les signes d’un effet secondaire systémique ?

Après une injection, si vous avez une fatigue inhabituelle, une prise de poids rapide, un visage plus rond, une augmentation de la soif ou de la fréquence urinaire, une pression artérielle élevée, ou une douleur osseuse nouvelle, il faut en parler à votre médecin. Ces signes peuvent indiquer une surcharge en stéroïdes, même si vous n’avez pas pris de comprimés.

Existe-t-il des alternatives aux injections de stéroïdes ?

Oui. La physiothérapie, la perte de poids, les semelles orthopédiques, les infiltrations d’acide hyaluronique (bien que leur efficacité soit limitée), et les traitements topiques comme les crèmes anti-inflammatoires sont des options plus sûres à long terme. Pour les douleurs modérées, l’acétaminophène reste une bonne première ligne. L’objectif est de réduire la dépendance aux stéroïdes en renforçant la structure naturelle de l’articulation.