Beaucoup de véganes et de végétariens pensent que leur alimentation est la seule chose à surveiller pour rester fidèles à leurs principes éthiques. Mais qu’en est-il des médicaments ? Ceux-ci peuvent contenir des ingrédients d’origine animale, invisibles sur les étiquettes, et pourtant présents dans des produits courants. Si vous suivez un mode de vie sans produits animaux, vous pourriez ingérer du porc, du bœuf, de la laine de mouton ou même de l’urine de jument - sans le savoir.
Les ingrédients animaux les plus courants dans les médicaments
La plupart des gélules que vous avalez contiennent de la gélatine. Environ 90 % des capsules dures et molles sont fabriquées à partir de gélatine issue des os, des tendons et des graisses de porcs, de vaches et de poulets. Ce n’est pas un additif rare - c’est la norme. Pourtant, vous ne le voyez jamais écrit comme « ingrédient animal » sur la boîte. La gélatine sert simplement à tenir le médicament ensemble, mais il existe des alternatives végétales : les capsules en cellulose, faites à partir de plantes, sont déjà utilisées par certains fabricants.
Un autre ingrédient très répandu est le stéarate de magnésium. Il sert à empêcher les comprimés de coller aux machines pendant la fabrication. Dans 65 % des cas, il est dérivé de graisses animales. Même chose pour le glycérine : elle peut venir de plantes, mais aussi de graisses de bœuf ou de porc. Et si vous prenez de la vitamine D3, il y a 80 % de chances qu’elle soit extraite de la laine de mouton (appelée lanoline). Ce n’est pas la vitamine D2, qui est végétale - c’est bien la D3, la forme la plus efficace, que vous retrouvez dans la plupart des suppléments.
Le stéarate d’acide (E570) est encore un autre piège. Il est utilisé comme émulsifiant dans les comprimés et les crèmes. Selon l’organisation Viva, il provient souvent de la graisse de vaches, de moutons ou de porcs. Et pourtant, il est rarement mentionné comme « d’origine animale » sur les emballages.
Ces médicaments contiennent directement des tissus animaux
Certains médicaments ne contiennent pas seulement des ingrédients de remplissage d’origine animale - ils sont fais à partir de tissus animaux. Par exemple :
- Premarin : une hormone œstrogène extraite de l’urine de juments enceintes. Elle est prescrite pour la ménopause, mais des alternatives synthétiques existent.
- Armour Thyroid : un traitement de la thyroïde fabriqué à partir de glandes de porc. Contrairement à la lévothyroxine synthétique (qui est végétale), cette forme naturelle n’a pas d’équivalent végétal.
- Héparine : un anticoagulant extrait des intestins de porc. Essentiel pour les patients après une chirurgie ou en cas de caillots sanguins - mais il n’existe pas encore de version 100 % végétale.
- Creon : une enzyme pancréatique issue du pancréas de porc. Utilisée pour les personnes qui ne produisent pas assez d’enzymes pour digérer les aliments.
- Vascepa : un traitement à base d’huile de poisson pour réduire les triglycérides. Même si c’est une source marine, elle est totalement d’origine animale.
- Diprivan (propofol) : un anesthésique qui contient des phospholipides d’œuf. Utilisé en milieu hospitalier, il est souvent incontournable.
La plupart de ces médicaments sont vitaux. Et ici, le dilemme devient réel : faut-il renoncer à un traitement nécessaire pour rester fidèle à ses convictions ? Certains patients choisissent de continuer, en acceptant le compromis. D’autres cherchent désespérément des alternatives, même si elles n’existent pas encore.
Les alternatives existent - mais il faut les chercher
Heureusement, toutes les substances d’origine animale n’ont pas de version animale. Des alternatives végétales sont disponibles pour plusieurs ingrédients clés.
- Pour la vitamine D3, des suppléments à base d’algues vertes sont maintenant commercialisés. Ils sont identiques en efficacité, mais sans laine de mouton ni huile de poisson.
- Les gélules en cellulose remplacent la gélatine. Demandez à votre pharmacien si votre médicament est disponible en version sans gélatine.
- Le stéarate de magnésium végétal existe. Il est dérivé de l’huile de palme ou de noix de coco. Il ne change rien à l’efficacité du médicament.
- La lévothyroxine (T4) est synthétique et ne contient aucun ingrédient animal. Si vous avez un problème de thyroïde, cette forme est souvent une excellente alternative à Armour Thyroid.
Des plateformes comme Pill Clarity (anciennement VeganMed) ont été créées pour aider les patients à identifier les médicaments sans ingrédients animaux. Elles proposent une base de données vérifiée, avec des listes de médicaments certifiés végans. En 2023, elles recevaient des milliers de demandes chaque mois. Ce n’est pas une niche - c’est un besoin grandissant.
Comment parler à votre médecin ou pharmacien
Ne dites pas simplement : « Je suis végane. » Cela ne suffit pas. Les médecins et pharmaciens ne sont pas formés à cette question. Vous devez être précis.
Voici ce que vous pouvez dire :
- « Je recherche des médicaments sans ingrédients d’origine animale. »
- « Pouvez-vous vérifier si ce médicament contient de la gélatine, du stéarate de magnésium, de la lanoline ou du glycérol d’origine animale ? »
- « Y a-t-il une version en gélule végétale ? »
- « Existe-t-il une alternative synthétique à ce traitement ? »
Les pharmacies en ligne et les grandes chaînes commencent à proposer des options véganes, mais il faut souvent demander explicitement. Ne vous fiez pas à l’étiquette « sans produits animaux » - elle n’est pas obligatoire pour les médicaments. Seules les boîtes de nourriture doivent le mentionner. Les médicaments, eux, sont régis par des règles différentes.
Les pièges les plus courants
Voici trois erreurs fréquentes :
- Supposer que les suppléments sont végans : plus de la moitié des suppléments sur le marché américain contiennent au moins un ingrédient d’origine animale, selon une étude de 2022. Les vitamines, les probiotiques, les compléments de calcium - tout peut être contaminé.
- Confondre vitamine D2 et D3 : la D2 est végétale, mais moins efficace. La D3 est la forme active, et presque toujours d’origine animale - sauf si elle est explicitement étiquetée comme « algue ».
- Ne pas vérifier les médicaments génériques : les versions génériques utilisent souvent les mêmes excipients que les marques. Ce n’est pas parce que c’est moins cher que c’est plus végan.
Les traitements sans alternative végane
Certaines substances n’ont pas encore d’équivalent végétal. C’est là que la réalité devient difficile :
- Les enzymes pancréatiques (Creon, Viokace) : aucun substitut végétal n’est efficace.
- L’héparine : les alternatives synthétiques existent, mais elles sont coûteuses, rares et pas toujours couvertes par la sécurité sociale.
- Le propofol : indispensable en anesthésie, il contient des phospholipides d’œuf. Aucune version végane n’est disponible.
Des recherches sont en cours. Mais pour l’instant, les patients doivent peser les risques. Certains choisissent de continuer à prendre ces médicaments, en acceptant le compromis. D’autres cherchent des approches complémentaires - mais sans jamais abandonner un traitement essentiel.
Le changement est en marche
Le nombre de véganes aux États-Unis a atteint 3 % de la population en 2022. En Europe, cette tendance suit la même courbe. Et les pressions augmentent.
En 2023, l’organisation VeganMed a été rebrandée en Pill Clarity pour élargir sa mission. Elle ne traite plus seulement les véganes - elle veut que tout le monde puisse savoir ce qu’il prend. Des groupes comme la Transparent Label Campaign publient des rapports annuels pour forcer les fabricants à révéler leurs ingrédients. Et en 2024, l’American Pharmacists Association va publier des lignes directrices pour les pharmaciens - une première.
Les fabricants commencent à changer. Des marques comme Dr. Vegan proposent désormais des vitamines D3 à base d’algues. D’autres proposent des capsules en cellulose sans gelée. Ce n’est pas encore la norme - mais c’est en train de devenir possible.
La clé ? Poser les bonnes questions. Votre santé ne devrait pas exiger un compromis entre vos valeurs et vos besoins médicaux. Vous avez le droit de savoir ce que vous avalez - même si ce n’est pas écrit sur la boîte.
Les suppléments végétaliens sont-ils toujours sans ingrédients animaux ?
Non. Plus de 50 % des suppléments sur le marché contiennent des ingrédients d’origine animale, comme la gélatine, le stéarate de magnésium ou la lanoline. Même les étiquettes « naturelles » ou « sans OGM » ne garantissent rien. Il faut toujours vérifier les composants spécifiques.
Comment savoir si un médicament contient de la gélatine ?
Regardez la forme : si c’est une gélule molle ou dure, elle contient très probablement de la gélatine. Demandez à votre pharmacien s’il existe une version en gélule végétale (cellulose). Certains médicaments sont disponibles en comprimé ou en solution liquide - ce qui évite les gélules.
La vitamine D3 végane existe-t-elle vraiment ?
Oui. Elle est produite à partir d’algues vertes, et non de laine de mouton ou de poisson. Les marques comme Dr. Vegan ou Vitashield proposent des versions certifiées véganes. Vérifiez toujours l’étiquette : si elle mentionne « D3 from algae », c’est bon.
Pourquoi les fabricants n’utilisent-ils pas plus d’alternatives végétales ?
Parce que les ingrédients animaux sont souvent moins chers et plus faciles à produire à grande échelle. La gélatine, par exemple, est un sous-produit de l’industrie de la viande. Les alternatives végétales nécessitent des chaînes de production différentes, et les réglementations ne les obligent pas à les proposer. Mais la pression des consommateurs fait évoluer les choses.
Puis-je demander à mon médecin de changer mon traitement ?
Oui, mais soyez clair. Dites-lui que vous cherchez une alternative sans ingrédients d’origine animale, et demandez-lui de vérifier les composants. Pour certains médicaments comme la lévothyroxine ou les suppléments de vitamine D3, des alternatives existent. Pour d’autres, comme l’héparine ou le propofol, il n’y a pas encore de solution. Votre médecin peut vous aider à peser les risques et les options.