Pénuries de médicaments injectables : les pharmacies hospitalières les plus touchées

Pénuries de médicaments injectables : les pharmacies hospitalières les plus touchées
Phoenix Uroboro janv., 23 2026

Les pénuries de médicaments injectables ne sont plus une exception : elles sont devenues une réalité quotidienne dans les hôpitaux. En juillet 2025, plus de 226 médicaments étaient encore en rupture de stock aux États-Unis, un chiffre en baisse par rapport à 270 en avril, mais toujours bien au-dessus des niveaux acceptables. Ce n’est pas une crise passagère. 89 % de ces pénuries datent de 2023 ou avant. Elles persistent. Et les pharmacies hospitalières en paient le prix le plus lourd.

Pourquoi les injectables sont les plus vulnérables

Les médicaments injectables ne sont pas comme les comprimés. Pour les produire, il faut des salles propres stériles, des équipements ultra-précis, et des processus qui laissent peu de place à l’erreur. Un seul défaut de fabrication peut entraîner le rejet de toute une série. Et quand un fabricant est touché - par une tempête, un contrôle de la FDA, ou un simple problème de filtre - tout s’arrête. En 2024, 55 % des ruptures de stock ont été causées par des problèmes de qualité, selon les données de la FDA.

Ces médicaments sont aussi peu rentables. La plupart sont des génériques, vendus à des marges de 3 à 5 %. Pourquoi investir dans des lignes de production coûteuses quand on peut gagner plus en fabriquant des pilules ou des crèmes ? Résultat : très peu d’usines produisent ces médicaments essentiels. Trois fabricants contrôlent 65 % du marché des solutions saline et chlorure de potassium. Un seul arrêt de production, et des milliers de patients sont en danger.

Les hôpitaux, les premières victimes

Les pharmacies communautaires gèrent une pénurie sur cinq. Les pharmacies hospitalières, elles, en gèrent une sur trois. Et 60 à 65 % de ces ruptures concernent des injectables. Pourquoi ? Parce que dans un hôpital, il n’y a pas d’alternative. Un patient en soins intensifs ne peut pas boire un comprimé de sédatif. Un cancer ne peut pas être traité avec un comprimé de cisplatine.

Les catégories les plus touchées sont les anesthésiques (87 % en pénurie), les chimiothérapies (76 %), et les médicaments cardiovasculaires (68 %). En 2025, un hôpital du Massachusetts a dû reporter 37 interventions chirurgicales parce qu’il n’avait plus d’anesthésiques. Dans d’autres établissements, les infirmiers ont dû recourir à des solutions orales pour hydrater les patients après une opération - une solution de fortune, pas une alternative thérapeutique.

Une infirmière administre une solution orale à un patient en soins intensifs, un sac IV vide pend à côté.

Les conséquences humaines

Les pharmaciens hospitaliers passent en moyenne 11,7 heures par semaine à chercher des substituts, à contacter des fournisseurs, à vérifier les lots disponibles. Ce n’est pas du travail de pharmacie. C’est du travail de logistique, de négociation, de crise. 92 % des directeurs de pharmacies hospitalières déclarent que leurs équipes sont surchargées. Et ce n’est pas seulement une question de fatigue. C’est une question de sécurité.

68 % des pharmaciens ont déjà dû choisir entre deux médicaments, l’un plus efficace, l’autre disponible. 42 % disent avoir utilisé des alternatives moins efficaces, ce qui a pu nuire à la santé des patients. Un pharmacien sur Reddit a écrit : « Trois semaines sans sérum physiologique. On a dû réinventer la réhydratation. » Ce n’est pas une anecdote. C’est la norme.

Les solutions existent… mais elles sont insuffisantes

Certains hôpitaux ont mis en place des comités de gestion des pénuries. Ils consolidés les stocks, ont créé des listes d’alternatives validées, ont établi des protocoles d’allocation. Ces mesures réduisent la perturbation de 15 à 20 %. Mais elles ne résolvent pas le problème. Elles le gèrent. Et seulement 32 % de ces comités sont bien équipés pour le faire.

La FDA a demandé aux fabricants de signaler plus tôt les ruptures. Le Congrès a voté une loi en 2023 pour cela. Mais l’effet ? Une réduction de 7 % seulement de la durée des pénuries, selon le GAO. Le plan stratégique de la FDA pour prévenir les ruptures, annoncé en février 2025, propose des incitations… mais aucune obligation. L’American Medical Association l’a qualifié d’« insuffisant ».

Des pharmaciens en réunion devant un écran affichant une courbe de pénuries, une photo de famille sur la table.

Le futur est sombre - sauf si on agit

L’administration Biden a promis 1,2 milliard de dollars pour relancer la production pharmaceutique aux États-Unis. C’est bien. Mais les experts estiment qu’il faudra 3 à 5 ans avant que cela ait un impact réel. En attendant, les usines en Chine et en Inde, qui produisent 80 % des matières premières, restent vulnérables aux inondations, aux sécheresses, aux tensions géopolitiques.

Seulement 12 % des fabricants utilisent la fabrication continue, une technologie plus résiliente. Pourquoi ? Parce que c’est cher. Et les marges sont trop faibles pour justifier l’investissement.

Les hôpitaux ne peuvent pas attendre. Les patients ne peuvent pas attendre. La pénurie de médicaments injectables n’est pas un problème de stockage. C’est un problème de système. Et tant que les prix restent bas, les usines fragiles, et les régulations sans pouvoir d’action, les pharmacies hospitalières continueront d’être les premières à souffrir - et les patients les premiers à en payer le prix.

Que faire maintenant ?

Les pharmacies hospitalières ne peuvent pas résoudre cette crise seules. Mais elles peuvent se préparer :

  • Identifier les médicaments critiques et établir une liste d’alternatives validées par le comité de pharmacie et thérapeutique
  • Centraliser les stocks pour éviter les doublons et mieux gérer les réserves
  • Établir des relations directes avec plusieurs fournisseurs, même étrangers
  • Former le personnel à la gestion des pénuries - pas seulement les pharmaciens, mais aussi les infirmiers et les médecins
  • Documenter chaque décision prise pendant une rupture, pour assurer la traçabilité et la sécurité
Ces mesures ne font pas disparaître les pénuries. Mais elles permettent de sauver des vies en attendant que le système change.

Pourquoi les médicaments injectables sont-ils plus souvent en rupture de stock que les comprimés ?

Les médicaments injectables nécessitent des conditions de fabrication très strictes : salles stériles, équipements spécialisés, processus sans erreur. Un seul défaut peut annuler une production entière. De plus, ils sont souvent des génériques à faible marge, ce qui décourage les fabricants d’investir dans des lignes de production fiables. Les comprimés, eux, sont plus faciles et moins coûteux à produire.

Quels sont les médicaments les plus touchés par les pénuries ?

Les anesthésiques (87 % en pénurie), les chimiothérapies comme le cisplatine (76 %), et les médicaments cardiovasculaires comme l’adrénaline ou les vasopresseurs (68 %). Ce sont des médicaments vitaux pour les soins hospitaliers, et ils n’ont pas d’équivalents oraux efficaces.

Les pénuries affectent-elles vraiment les patients âgés ?

Oui. Plus de 30 % des personnes touchées par les ruptures de stock ont entre 65 et 85 ans. Ce sont les patients les plus susceptibles d’être hospitalisés, de recevoir des traitements injectables, et de dépendre de médicaments comme les diurétiques, les antibiotiques ou les anticoagulants. Les pénuries les mettent directement en danger.

Pourquoi les solutions alternatives ne fonctionnent-elles pas toujours ?

Un médicament injectable n’est pas interchangeable comme un comprimé. Une petite différence dans la concentration, le pH ou les excipients peut changer l’efficacité ou la sécurité. Par exemple, un substitut pour l’adrénaline peut agir plus lentement ou provoquer des effets secondaires. Les substitutions doivent être validées par un comité de pharmacie - ce qui prend du temps, et n’est pas toujours possible en urgence.

Y a-t-il des signes d’amélioration en 2026 ?

Non. Même si le nombre de pénuries a légèrement baissé en 2025, les causes fondamentales - faibles marges, production concentrée, dépendance à l’Asie, régulation inefficace - n’ont pas été traitées. 68 % des directeurs de pharmacies hospitalières s’attendent à ce que les ruptures persistent ou s’aggravent en 2026. Sans changement structurel, la crise va continuer.

11 Commentaires
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    james hardware janvier 24, 2026 AT 03:19

    On est vraiment en train de laisser mourir des gens parce que les laboratoires préfèrent faire des pilules qui rapportent plus. C’est scandaleux.

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    zana SOUZA janvier 26, 2026 AT 01:54

    Je me demande si on ne devrait pas traiter les médicaments injectables comme des biens publics essentiels, comme l’eau ou l’électricité. Pas comme des produits de consommation où le profit prime sur la survie. On a perdu le sens du collectif.


    Quand un infirmier doit choisir entre un médicament qui marche et un autre qui est juste disponible… c’est pas de la médecine, c’est de la roulette russe.


    Et pourtant, personne ne descend dans la rue pour ça. Pourquoi ? Parce que les gens ne voient pas. Ils ne voient pas les patients en attente, les anesthésies reportées, les familles qui pleurent en silence.


    On parle de « gestion de crise » comme si c’était un problème logistique. Non. C’est un échec moral.


    Et les politiques ? Ils votent des lois qui disent « on va mieux signaler »… comme si le problème, c’était l’information, pas le système.


    La Chine et l’Inde produisent 80 % des matières premières. On dépend de pays où les normes sanitaires sont floues, où les inondations effacent des usines entières. Et on s’étonne que ça explose ?


    On a besoin de relocaliser, oui. Mais pas juste en disant « on va investir 1,2 milliard ». Il faut réécrire les règles du jeu. Des marges minimum. Des pénalités pour les ruptures. Des inspections indépendantes.


    Et surtout… arrêter de traiter la santé comme un marché. C’est pas un produit. C’est une vie.

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    alain saintagne janvier 26, 2026 AT 14:56

    Encore une fois, les Américains se plaignent alors qu’ils ont des prix de médicaments à 10 fois le prix européen. Si vous vouliez pas que ça foire, il fallait pas laisser le capitalisme détruire votre système de santé. On a des pénuries en France ? Oui, mais pas comme ça. On gère. On rationne. On fait avec. Vous, vous laissez mourir des gens pour des profits.

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    Vincent S janvier 28, 2026 AT 01:20

    Il convient de souligner que la concentration de la production dans un nombre restreint d’unités manufacturières constitue un risque systémique structurel, dont les conséquences sont amplifiées par l’absence de normes minimales de diversification géographique et technologique. L’absence de régulation coercitive en matière de rétention de stocks stratégiques, couplée à une logique de rentabilité à court terme, perpétue un modèle insoutenable.


    Les données de la FDA, bien que pertinentes, ne permettent pas d’appréhender l’ampleur des effets secondaires induits par les substitutions non validées cliniquement, dont les impacts sur la mortalité hospitalière restent sous-estimés dans la littérature actuelle.

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    BERTRAND RAISON janvier 28, 2026 AT 08:46

    Les infirmiers ont rien à foutre de ça. C’est pas leur job de chercher des trucs. Leur job, c’est de piquer.

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    Claire Copleston janvier 29, 2026 AT 11:59

    La vraie question : pourquoi on accepte que des gens meurent parce qu’un mec à Shanghai a eu un coup de soleil et que son filtre à air a grillé ? On vit dans un monde où la vie d’un patient est une variable dans un tableau Excel.


    On a remplacé la médecine par la logistique. Et on s’étonne que ça pète.

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    Benoit Dutartre janvier 30, 2026 AT 13:56

    Et si c’était une manœuvre des big pharma pour vendre des médicaments plus chers ? Tu crois que c’est un hasard si les génériques manquent en même temps que les nouveaux trucs à 10 000 € arrivent ? Les labos savent ce qu’ils font. Ils laissent les génériques crever pour te forcer à acheter leur truc ultra-chic. C’est du business plan, pas une crise.

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    Régis Warmeling janvier 30, 2026 AT 15:47

    Les gens pensent que la médecine, c’est juste des pilules. Mais derrière chaque injection, il y a une vie. Et quand ça manque, c’est pas une erreur. C’est un crime.

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    Jean-Michel DEBUYSER janvier 31, 2026 AT 02:21

    Je vois beaucoup de râleurs ici, mais peu de solutions concrètes. Les hôpitaux ont déjà mis en place des listes d’alternatives, des comités, des protocoles. Ce n’est pas parfait, mais c’est déjà un progrès. Il faut soutenir ceux qui sont sur le terrain, pas les démolir.

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    Philippe Labat février 1, 2026 AT 23:12

    En Afrique de l’Ouest, on a toujours eu des pénuries. On apprend à faire avec. On utilise des méthodes anciennes, on partage les stocks entre hôpitaux, on forme les infirmiers à la créativité. Peut-être qu’on a quelque chose à apprendre ici. Pas juste de la technologie. De la solidarité.


    Et si on arrêtait de tout vouloir importer ? On pourrait produire un peu plus ici, même si c’est moins rentable. La santé, c’est pas un produit exportable.

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    Joanna Bertrand février 2, 2026 AT 14:32

    Je travaille dans une petite pharmacie hospitalière. On a dû remplacer le sérum physiologique par une solution de glucose à 5 % en perfusion lente… ça marche, mais c’est pas pareil. Les patients ont plus de mal à récupérer. On note tout. On signe. On garde les preuves. Parce qu’un jour, quelqu’un va demander pourquoi on a fait ça.


    On n’est pas des héros. On fait juste notre boulot, en espérant qu’on n’aura pas à choisir entre deux vies.

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