Protéinurie : détecter les protéines dans les urines et réduire les dommages rénaux

Protéinurie : détecter les protéines dans les urines et réduire les dommages rénaux
Phoenix Uroboro janv., 17 2026

Quand vos urines deviennent mousseuses, ce n’est pas toujours une question d’hydratation. Cela peut être un signal d’alarme bien plus sérieux : une fuite de protéines par les reins. Cette condition, appelée protéinurie, est l’un des premiers signes que vos reins ne filtrent plus correctement. Elle ne cause pas toujours de symptômes, mais quand elle persiste, elle accélère la détérioration des reins - et souvent, c’est trop tard quand on la remarque. Le bon moment pour agir, c’est maintenant.

Comment les reins filtrent les protéines - et quand ça foire

Vos reins sont comme des filtres ultra-fins. Ils éliminent les déchets et l’excès d’eau, mais retiennent les protéines essentielles, comme l’albumine, qui aident à maintenir la pression sanguine, réparent les tissus et transportent les nutriments. Chez une personne en bonne santé, moins de 150 mg de protéines passent dans les urines par jour. C’est presque négligeable. Mais quand les filtres se détériorent - à cause du diabète, de l’hypertension, ou d’une inflammation - les protéines s’échappent. Ce n’est pas une simple fuite : c’est un signe que les structures internes des reins (les glomérules) sont endommagées.

La protéinurie n’est pas une maladie en elle-même. C’est un indicateur. Comme un voyant d’huile sur le tableau de bord d’une voiture. Si vous ignorez ce voyant, le moteur peut s’arrêter. De la même façon, une protéinurie persistante augmente le risque de défaillance rénale. Des études montrent que les personnes qui perdent plus de 1 gramme de protéines par jour ont 50 % de chances de développer une insuffisance rénale terminale dans les 10 ans - sans traitement.

Comment savoir si vous avez une protéinurie ?

La plupart du temps, vous ne ressentez rien. Jusqu’à ce que les symptômes deviennent trop évidents. Les premiers signes ? Des urines mousseuses, comme du shampoing. C’est l’un des indicateurs les plus fiables : 85 % des personnes avec une protéinurie importante en remarquent une. Ensuite, vient l’œdème : les chevilles, les mains, le visage ou le ventre enflent. C’est parce que les protéines manquantes dans le sang attirent l’eau vers les tissus. Vous pouvez aussi ressentir une fatigue constante, des crampes la nuit, ou même des nausées.

Mais vous ne pouvez pas diagnostiquer ça seul. Il faut un test. Le premier est souvent un simple bandelette urinaire, disponible chez le médecin ou en pharmacie. Elle donne un résultat rapide : « négatif », « trace », « +1 », « +2 », etc. Mais elle n’est pas précise. Elle peut rater une protéinurie légère. Pour confirmer, on passe à un test plus fiable : le rapport protéine/créatinine dans une urine isolée (UPCR) ou le rapport albumine/créatinine (UACR).

Les seuils sont clairs :

  • Moins de 30 mg/g : normal
  • Entre 30 et 300 mg/g : protéinurie modérée - attention
  • Plus de 300 mg/g : protéinurie sévère - besoin d’action immédiate

Le test de 24 heures, où vous collectez toute votre urine pendant une journée, est encore plus précis, mais il est compliqué à faire. Beaucoup de gens abandonnent. Le UPCR en urine isolée est devenu la norme : il est aussi fiable, et bien plus pratique.

Quelles sont les causes ?

La protéinurie ne vient pas de nulle part. Elle a une cause. Et la bonne nouvelle, c’est que certaines sont réversibles.

La première cause ? Le diabète. Il est responsable de 40 % des cas chroniques. Quand la glycémie est trop élevée sur de longues périodes, elle endommage les filtres rénaux. La deuxième cause ? L’hypertension. Une pression sanguine trop forte écrase les glomérules. Ensemble, ces deux facteurs expliquent 65 % des cas.

Ensuite, il y a la glomérulonéphrite - une inflammation des filtres rénaux - souvent liée à des maladies auto-immunes comme le lupus. Elle représente 15 % des cas. La preeclampsie pendant la grossesse en cause 5 %. Et puis il y a des causes plus rares : le myélome multiple (où des protéines anormales s’échappent), l’amylose, ou même des infections.

Il existe aussi une forme bénigne : la protéinurie orthostatique. Elle touche surtout les adolescents. Les protéines apparaissent dans l’urine quand ils sont debout, mais pas le matin, après une nuit allongée. C’est normal, et ça disparaît souvent à l’âge adulte. Pas de traitement nécessaire.

Et puis il y a la protéinurie transitoire : causée par un stress intense, une fièvre, un effort physique excessif, ou une déshydratation. Elle dure quelques heures ou jours, puis disparaît. Pas de panique, mais si ça revient, il faut vérifier.

Reflet d'une adolescente montrant des reins endommagés et une valeur UACR élevée en rouge.

Comment traiter la protéinurie - et protéger vos reins

Le but n’est pas juste de faire baisser les protéines dans les urines. C’est de ralentir la dégradation des reins. Et ça marche - si vous agissez tôt.

Les médicaments les plus efficaces ? Les inhibiteurs de l’ECA (comme le ramipril) et les sartans (comme le losartan). Ils ne baissent pas seulement la pression artérielle. Ils protègent directement les filtres rénaux. Chez les diabétiques, ils réduisent la protéinurie de 30 à 50 %. Et ils diminuent le risque de dégradation rénale de 20 à 30 %.

Les nouveaux traitements sont encore plus prometteurs. Les inhibiteurs SGLT2, comme le canagliflozin, utilisés au départ pour le diabète, réduisent aussi la protéinurie de 30 à 40 %. Et le finérénone, un nouveau médicament, a montré une baisse de 32 % de la protéinurie dans les essais récents. Ces médicaments ne sont pas des « solutions magiques », mais ils changent la donne.

La diète aussi compte. Manger trop de protéines peut forcer les reins. Les experts recommandent 0,6 à 0,8 gramme de protéines par kilo de poids corporel par jour. Pour une personne de 70 kg, ça fait entre 42 et 56 grammes par jour. C’est moins qu’un steak de 200 g. Il faut privilégier les protéines d’origine végétale, et éviter les viandes transformées. Un diététicien spécialisé en maladie rénale peut vous aider à construire un menu adapté - sans risque de malnutrition.

Contrôler la pression artérielle est aussi crucial. Le seuil recommandé ? Moins de 130/80 mmHg. Chaque point en moins réduit la fuite de protéines. Et arrêter de fumer ? C’est indispensable. Le tabac accélère la destruction des vaisseaux rénaux.

Comment suivre votre évolution

La clé du succès, c’est la régularité. Pas de traitement efficace sans suivi.

Si vous êtes diabétique ou hypertendu, vous devez faire un test UACR ou UPCR au moins une fois par an. Si vous avez déjà une protéinurie modérée, faites-le toutes les 6 mois. Pendant le traitement, tous les 3 mois. Vous devez voir une baisse de 30 % ou plus dans les 3 premiers mois. Sinon, votre traitement n’est pas assez efficace - il faut le réajuster.

Apprenez à observer vos urines. Si les mousseurs reviennent après avoir disparu, c’est un signe que la protéinurie réapparaît. Notez aussi les œdèmes : si vos chaussures serrent plus que d’habitude, ou si vos doigts laissent une empreinte quand vous les appuyez, c’est un signal. Ces signaux simples, rapportés à votre médecin, peuvent éviter une détérioration majeure.

Trois jeunes femmes surveillant leur santé rénale avec des outils numériques et une alimentation saine.

Des outils pour mieux gérer votre santé

Les applications mobiles de test urinaire commencent à arriver. Certaines, validées par des études, analysent une photo de votre urine avec votre smartphone et donnent une estimation de la protéinurie avec 85 % de précision. Ce n’est pas un remplacement du laboratoire, mais ça peut vous aider à surveiller entre deux visites.

Des recherches avancent aussi sur des biomarqueurs plus fins : des protéines dans l’urine comme le TNF-R1, qui prédit les cas de dégradation rapide. Dans les prochaines années, les tests pourront dire non seulement si vous avez une protéinurie, mais aussi quel type de lésion rénale vous avez - et quel traitement sera le plus efficace pour vous.

Que faire si vous êtes à risque ?

Si vous avez du diabète, de l’hypertension, ou un antécédent familial de maladie rénale, ne laissez pas passer les années. Faites un test UACR chaque année. Même si vous vous sentez bien. Même si vos analyses de sang sont « normales ». La fonction rénale peut rester stable pendant des années - pendant que les filtres se détériorent lentement. La protéinurie est le premier signe. Elle est souvent invisible. Mais elle est détectable.

Et si vous avez déjà une protéinurie ? Ne la subissez pas. Agissez. Prenez vos médicaments. Suivez votre diète. Contrôlez votre pression. Parlez à votre médecin des nouveaux traitements. Chaque réduction de 50 % de la protéinurie diminue de 30 % le risque de finir en dialyse. Ce n’est pas une statistique lointaine. C’est votre vie.

La protéinurie est-elle toujours grave ?

Non. La protéinurie transitoire, causée par un effort physique, une fièvre ou un stress, est bénigne et disparaît en quelques jours. La protéinurie orthostatique, courante chez les jeunes, est aussi inoffensive. Mais si elle persiste plus de 3 mois, ou si elle est associée à un œdème ou une hypertension, elle signale un problème rénal qui nécessite un suivi médical.

Peut-on guérir de la protéinurie ?

Oui, dans certains cas. Si la cause est le diabète mal contrôlé, une bonne gestion de la glycémie peut réduire ou même faire disparaître la protéinurie. Même l’hypertension bien traitée peut améliorer la situation. Pour les maladies auto-immunes comme le lupus, des traitements immunosuppresseurs peuvent induire une rémission. Mais si les reins sont déjà fortement endommagés, le but devient de ralentir la progression, pas de guérir.

Les régimes protéinés comme Atkins ou keto augmentent-ils la protéinurie ?

Oui, surtout si vous avez déjà une maladie rénale. Ces régimes imposent une charge élevée de protéines, ce qui force les reins à travailler plus. Pour une personne en bonne santé, c’est acceptable. Pour quelqu’un avec une protéinurie, cela peut accélérer la détérioration. Les experts recommandent une consommation modérée : 0,6 à 0,8 g/kg/jour. Même les protéines de bonne qualité peuvent être nocives si consommées en excès sur un rein endommagé.

Pourquoi les inhibiteurs de l’ECA sont-ils préférés aux autres antihypertenseurs ?

Parce qu’ils agissent directement sur les glomérules. Ils réduisent la pression à l’intérieur des filtres rénaux, ce qui diminue la fuite de protéines. Les autres antihypertenseurs, comme les bétabloquants ou les diurétiques, baissent la pression générale, mais n’ont pas cet effet protecteur spécifique. Les inhibiteurs de l’ECA et les sartans sont les seuls à avoir prouvé qu’ils ralentissent la progression de la maladie rénale chronique.

Faut-il faire un test de protéinurie si on n’a aucun symptôme ?

Oui, si vous êtes à risque. Les personnes diabétiques, hypertendues, obèses, ou ayant un antécédent familial de maladie rénale doivent faire un test UACR au moins une fois par an. La protéinurie est souvent asymptomatique au début. Attendre les symptômes, c’est attendre trop longtemps. Le dépistage précoce sauve les reins.